DiVersions

DiVersions s’est intéressé au patrimoine culturel numérique en ligne afin d’expérimenter avec son potentiel pour inviter diverses formes de collaboration, pour faire apparaître des conflits et faire place à d’autres récits. En dialogue avec les institutions culturelles et leurs e-collections, DiVersions a expérimenté avec le patrimoine numérisé et numérique pour ouvrir les métadonnées, les bases de données, les catalogues et les infrastructures numériques à d’autres imaginations. Le projet de quatre ans était organisé autour de sept expériences artistiques qui ont évolué en réponse à des collections numériques et numérisées.1

Ce projet est un engagement dans des perspectives décoloniales et intersectionnelles autour des e-collections. Elles sont prises comme patrimoine culturel qui peut offrir une place à des récits marginalisés tout en soulignant la nécessité d’une prise de conscience autour de la violence coloniale qui les alimente, les maintient en placent marginalisent de nombreux points de vue.

Derrière cette publication il y a donc la prise en compte de l’ambivalence de ces objets tant comme outils de résistance mais dont la pratique institutionnelle de leur construction se place dans la catégorisation du monde. L’application des critères de tri de ces collections doit faire l’objet d’une attention particulière afin que la violence coloniale qui a rassemblé ces collections au départ ne perdure pas. Les modèles de publication numériques ne sont pas neutres et peuvent entretenir des rapports de dominations. 
Les points de questionnements tournent autour des objets tels que les e-collections mais aussi sur la façon dont les métadonnées empêchent ou non la place de « di-versions ». Les technologies des bases de données affirment l’autorité de certains experts face à d’autres, les algorithmes corroborent les clichés sexistes. La remise en question de ces points est nécessaire auquel cas la numérisation maintiendra la conservation, la représentation et l’accès aux mains de pouvoirs coloniaux.

Le « versionnage » est une pratique qui permet de rédiger du contenu à plusieurs et qui offre la possibilité de modifier facilement ce qui a déjà été écrit. Ce fonctionnement a l’avantage de proposer de nombreuses possibilités d’intervention et de réponse favorisant ainsi les récits divergents.2

L’idée étant de rendre transparent le processus d’édition partagée où toute action peut être annulée ou répétée en tenant compte des différences. Le versionnage permet d’insister sur le processus et le rend presque jamais fini. 
L’une des limites du versionnage, est l’hypothèse de linéarité qui confirme trop facilement un sentiment d’évolution progressive, surtout lorsque le dernier compte comme le meilleur. Comment exprimer les versions sous forme d’arrêts, de demi-tours, de pistes parallèles, de bosses et de glissades qui se produisent tout au long d’un processus ?
C’est à cet endroit que le potentiel d’une approche décoloniale et intersectionnelle du versionnage émerge. En offrant différents points d’intervention, il ouvre une culture de la critique et offre des pistes afin de repenser, re-situer et réorienter. Ainsi un versionnage décolonial permet aux différentes versions de coexister mais aussi d’interagir en prenant en compte toute la complexité liée au patrimoine. 

Envisager d’autres récits signifie ouvrir les collections numériques et leurs histoires comme d’une écriture collective, une compréhension du patrimoine qui n’est ni détenu individuellement ni agencé de manière linéaire.3

  1. https://diversions.constantvzw.org/wiki ↩
  2. Misselyn Ségolène, DiVersions V2, le projet numérique qui veut entendre plus de voix, RTBF, 2021 ↩
  3. https://diversions.constantvzw.org/wiki/index.php?title=Introduction#introduction ↩